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Comment ASO a transformé les Vosges, le Jura et le Massif Central en juges de paix du Tour de France

Etienne Goursaud

Publié le

Comment ASO a transformé les Vosges, le Jura et le Massif Central en juges de paix du Tour de France
Photo Icon Sport

TOUR DE FRANCE 2026 – Depuis près de 15 ans, ASO a donné plus d’importance aux massifs intermédiaires sur la Grande Boucle. On vous explique pourquoi.

Nouveauté sur le Tour de France 2026, le Col du Haag sera la principale attraction de la 14e étape, entre Mulhouse et Le Markstein. Ce col est placé à six kilomètres de l’arrivée. Avec ses pourcentages et ses ruptures de pente, il pourrait être l’un des juges de paix du Tour de France. Il s’inscrit dans la tradition récente d’ASO, qui consiste à dynamiser les massifs intermédiaires (Vosges, Jura, Massif central), afin de renforcer leur importance sur la Grande Boucle. Pour éviter que tout ne se résume aux Alpes et aux Pyrénées.

Depuis 15 ans, ASO a trouvé de petites pépites

Le Col du Haag est la dernière pépite trouvée par les organisateurs, dans une belle série entamée au début des années 2010. Pour dynamiser les massifs intermédiaires et les rendre importants dans la lutte pour le classement général, ASO s’efforce de trouver des ascensions présentant suffisamment de difficulté pour provoquer une véritable bagarre entre les leaders.

Planche des Belles Filles et Grand Colombier, deux nouveautés des années 2010 devenues de vrais juges de paix

La première à laquelle on pense est la Planche des Belles Filles, dans les Vosges. Introduite en 2012, cette courte ascension de 6 km (un peu plus de 7 km avec la Super Planche) a tout de suite été adoptée par les acteurs du classement général. Dès 2012, on y a vu la Sky imposer son rythme, Chris Froome s’imposer, tandis que son coéquipier Bradley Wiggins prenait le maillot jaune. Il ne le lâchera plus. On se souvient forcément aussi du contre-la-montre de 2020, dans lequel Tadej Pogačar a renversé Primož Roglič pour remporter le premier de ses quatre Tours de France.

La même année, c’est le Grand Colombier, dans le Jura, qui a été introduit. Un col qui, depuis, a accueilli deux arrivées au sommet (2020 et 2023). C’est un véritable col aux caractéristiques alpestres ou pyrénéennes, avec ses 17,5 km à 7,1 % de moyenne. On retrouve certaines similitudes avec le Col du Tourmalet, mais avec des passages qui frôlent les 20 %. Lors des deux premières arrivées, Tadej Pogačar y a repris du temps à ses rivaux. On peut aussi citer le Col de la Biche, la Selle de Fromentel ou encore le Mont du Chat, apparus lors du Tour 2017. En revanche, la descente dangereuse de ce dernier pourrait bien dissuader ASO d’y retourner.

Des enchaînements bien plus difficiles que par le passé dans le Massif central

Quand il ne s’agit pas de cols juges de paix, ASO travaille des enchaînements beaucoup plus exigeants. L’étape du Lioran, dans le Cantal, en est un bon exemple. Si, cette année, le col du Pas de Peyrol ne sera pas abordé par son versant le plus difficile (contrairement à 2024), son enchaînement avec le col du Perthus (4,5 km à 8,6 % de moyenne) et le Col de Font de Cère est propice à une grande bagarre. En 2024, Jonas Vingegaard avait remporté la plus belle étape du Tour, au terme d’un mano a mano avec Tadej Pogačar pendant près de 30 km. En 2025, le Slovène avait tenté sa chance au Mont-Dore Puy-de-Sancy.



Que dire de 2023, date du grand retour du Puy-de-Dôme ? Là aussi, le Slovène avait secoué Jonas Vingegaard, qui avait conservé son maillot jaune malgré une perte de temps. En 2020, c’est une arrivée inédite au Pas de Peyrol, au pied du Puy Mary, qui avait redessiné le classement général, Egan Bernal abandonnant définitivement son maillot blanc au profit de l’inévitable Tadej Pogačar. Voilà près de dix ans qu’ASO a dynamisé les étapes du Massif central. Le Tour de France y a depuis écrit quelques-unes de ses plus belles pages.



Les massifs intermédiaires, le paradis des baroudeurs dans les années 2000 et 2010

Ce changement de politique d’ASO est né d’un constat : les massifs intermédiaires étaient souvent réservés aux baroudeurs, sans véritable bataille pour le classement général. Les exemples sont nombreux. Les principales difficultés étaient généralement situées au cœur de l’étape, avec 30, 40 voire 50 kilomètres plus roulants avant l’arrivée. Lorsque Thomas Voeckler prend le maillot jaune à Saint-Flour en 2011, le Pas de Peyrol, le Perthus et Font de Cère figurent déjà au programme. Mieux, deux autres ascensions suivent encore. Mais le Prat de Bouc est placé à 54 kilomètres de l’arrivée et la fin d’étape ne présente plus de réelle difficulté. En 2004, toujours à Saint-Flour, sur un parcours différent, ils sont 50 à terminer dans la même seconde.

Les baroudeurs, eux, se sont souvent régalés. Michael Rasmussen dans les Vosges en 2005, Richard Virenque en 2004, Heinrich Haussler en 2009, Sylvain Chavanel ou Warren Barguil aux Rousses (2010 et 2017), Luis León Sánchez ou Rui Costa en 2011. La liste est encore longue. À chaque fois, ou presque, il ne s’est rien passé entre les leaders. Pire, en 2011 à Super-Besse, Thor Hushovd avait conservé son maillot jaune. Le sprinter avait résisté dans le final. Les massifs intermédiaires ont même parfois été totalement oubliés, comme lors des Tours 2006 et 2007.

La seule véritable exception reste historiquement la montée Laurent Jalabert, à Mende, qui a presque toujours donné lieu à une bataille entre favoris depuis son introduction en 1995, année où Laurent Jalabert y avait réalisé une démonstration mémorable.

Ce changement est une véritable volonté d’ASO

Ce changement correspond à un virage voulu et assumé par ASO. Une fois le parcours du Tour de France officiellement dévoilé, Christian Prudhomme s’était exprimé à ce sujet, notamment auprès de nos confrères de La Montagne : « Il faut absolument faire entrer, d’abord dans la tête des coureurs et ensuite du public, que le Tour, ça peut se jouer évidemment dans les Alpes et les Pyrénées qui sont incontournables, mais ça peut aussi se jouer dans les Vosges, dans le Jura et dans le Massif Central. »

Ces massifs intermédiaires présentent rarement des cols de plus de 10 kilomètres, mais ils offrent des enchaînements de montées et de descentes avec très peu de vallées. Cela rend les étapes beaucoup plus difficiles à contrôler pour une équipe, tout en réduisant les phases de récupération. Les coureurs peuvent moins se cacher dans les roues et sont mis à contribution beaucoup plus tôt, ce qui favorise les défaillances.

Ce changement, voulu pour que le classement général ne soit plus cantonné aux Alpes, aux Pyrénées et aux contre-la-montre, s’inscrit également dans une volonté de dynamiser la course. Les étapes de plaine sont moins nombreuses en début de Tour. « L’objectif est de dynamiser la première semaine, avec des arrivées faites pour les puncheurs », confiait Christian Prudhomme au micro de L’Équipe, fin 2024. Les anciennes étapes dites de transition sont désormais remplacées par des passages dans les massifs intermédiaires, voire ouvrent la Grande Boucle, comme ce fut le cas en 2025 avec le Massif central.

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