Magnier, Laurance, Grégoire : Un an après, quel bilan pour nos espoirs français pour 2024 ?
CYCLISME – Il y a un an, nous dressions le bilan des révélations françaises en 2023. Quel bilan peut-on tirer un an après ?
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Ils ont gagné en World Tour
Axel Laurance
Lors de notre bilan en fin de saison dernière, Axel Laurance venait d’être sacré champion du monde chez les espoirs. Romain Grégoire sortait lui d’une saison prometteuse pour ses débuts dans l’élite tandis que Kévin Vauquelin, auteur d’une belle saison, cherchait encore une victoire référence en World Tour. Tous ont ouvert leur compteur à ce niveau en 2024. Dans l’ordre, Axel Laurance a été le premier à lever les bras, c’était sur le Tour de Catalogne en mars. Il s’agissait alors de sa deuxième course en WT seulement, après la Bretagne Classic – Ouest-France en 2022. Il avait alors terminé deuxième à la surprise générale alors qu’il courait avec l’équipe aujourd’hui disparue B&B Hotels – KTM. En Catalogne, le Français s’est imposé au sprint devant des coureurs tels que Marijn van den Berg ou Bryan Coquard.
Le mois d’avant déjà, il s’était offert une victoire référence en devançant Mads Pedersen (13 victoires cette année) et Kévin Vauquelin, au sprint, sur les contreforts de Rousson sur l’Étoile de Bessèges (course de catégorie 2, le troisième échelon). Loin de se contenter d’un début de saison prolifique, le Breton s’imposait à nouveau en mai sur le Tour de Norvège (UCI Pro Series, le deuxième échelon, derrière le World Tour) en empochant une étape et le général. Sur le Tour de Lombardie, Axel Laurance achevait le week-end dernier une remarquable première saison pleine en World Tour. S’il n’a pas rallié l’arrivée, il disputait déjà son troisième monument, quelques semaines avant de rejoindre INEOS Grenadiers pour les deux prochaines saisons.

Romain Grégoire
Lui avait détonné lors de sa première saison dans l’élite en 2023 (5 victoires et une remarquable 8e place aux Strade Bianche). Cette année, le jeune coureur de la Groupama-FDJ semble avoir passé un nouveau cap. Si cela ne se ressent pas forcément sur le plan comptable – une victoire seulement -, Romain Grégoire a ouvert son compteur en World Tour en s’imposant au sprint sur la 5e étape du Tour du Pays Basque. Plus tôt, lors de la 2e étape remportée par Paul Lapeira, Grégoire semblait déjà en mesure de s’imposer : en tête du peloton, il glissait néanmoins à quelques hectomètres de l’arrivée.
Depuis, le Français n’a pas relevé les bras. Pourtant, il n’est pas passé loin de le faire, sur la Faun-Ardèche Classic, sur la deuxième étape du Critérium du Dauphiné où, plus récemment, sur la Coppa Agostini, deuxième à chaque fois. Il s’est également montré à son aise sur le Tour de France (quatre fois échappé) et dans la foulée, sur le Tour de Pologne, épreuve World Tour où il a terminé 4e du général. L’an prochain, il évoluera à nouveau sous le maillot de la Groupama-FDJ, équipe à laquelle il est lié jusqu’en 2027.

Kévin Vauquelin
Il y a un an, nous hésitions à le classer parmi nos révélations puisqu’il disposait déjà de références en 2022. Cette année, Kévin Vauquelin nous a confirmé les promesses mises en lui puisque s’il ne s’est imposé qu’à deux reprises – soit une de moins qu’en 2023 -, le coureur d’Arkéa – B&B Hotels a offert à son équipe un succès de prestige, le premier pour la formation bretonne, au Tour de France. Après une échappée de près de 200 km, le Français a levé les bras au terme d’un numéro au cours duquel il s’est défait un par un de ses compagnons d’échappée, jusqu’à faire craquer le grand gabarit de Jonas Abrahamsen dans les plus forts pourcentages de la côte de San Luca sur la deuxième étape entre Cesenatico et Bologne.
Quelques mois auparavant, on l’avait déjà vu à son avantage sur Tirreno-Adriatico (3e du sprint de la 3e étape) mais surtout au sommet du Mur de Huy où il a terminé dans la roue de Stephen Williams, finissant ainsi deuxième de la Flèche Wallonne en devançant notamment Maxim Van Gils ou Benoît Cosnefroy.
Le cas Paul Magnier
Qui aurait pu prédire une telle saison pour Paul Magnier ? Il y a un an, il figurait dans la catégorie « Ils auraient pu être cités… » de notre article dans la mesure où on ne le voyait pas s’imposer si vite au plus haut niveau. Et pourtant, pour sa première saison en World Tour avec Soudal Quick-Step, le Français, arrivé cette année en provenance de la modeste formation Trinity Racing, a ébloui. Certes, il n’a pas levé les bras en World Tour.
Néanmoins, à tout juste 20 ans, il a levé les bras à 8 reprises dont trois sur des courses espoirs puisque sa précocité fait qu’on l’a tantôt vu s’aligner sur des courses réservées aux moins de 23 ans (sur le Tour d’Italie espoirs par exemple, 2 victoires d’étapes) tantôt sur des courses World Tour, comme sur la Bretagne Classic – Ouest-France où il a brillamment terminé deuxième derrière un Marc Hirschi en pleine bourre.

Sa saison avait débuté de la meilleure des manières sur le Trofeo Ses Salines-Felanitx. Pour sa première course avec la formation belge, le Français s’était imposé devant Alberto Dainese et son jeune coéquipier Luke Lamperti, arrivé lui aussi de la Trinity Racing. Des débuts rêvés qui se sont poursuivis puisque deux semaines après, il levait les bras sur le Tour d’Oman. Plus récemment, Magnier a offert un récital sur le Tour de Grande-Bretagne : trois victoires, quatre podiums, cinq top 10 en autant d’étapes. Il n’avait néanmoins pas terminé l’épreuve, contraint à l’abandon après une chute sur la sixième et dernière étape, le privant par ailleurs des Championnats d’Europe espoirs.
L’an prochain, on peut supposer le voir continuer son apprentissage du World Tour : après avoir disputé quatre épreuves à ce niveau cette saison, la logique serait de le voir aligner sur davantage de courses. Il n’est pas non plus impossible de le voir aligné sur un premier Grand Tour, possiblement le Giro ou la Vuelta, course souvent utilisée par les équipes comme baptême de trois semaines pour les jeunes coureurs.
Eux aussi ont fait une belle saison
Lenny Martinez
Ne nous méprenons pas et ne résumons pas la saison de Lenny Martinez au Tour de France, sur lequel il a été fantomatique. Sa participation ayant été décidée à la dernière minute, le jeune Français, porteur du maillot rouge l’an dernier sur la Vuelta, était alors en fin de cycle et paraissait déjà émoussé quelques jours avant sur le Tour de Suisse. Ses seuls faits d’armes sur la Grande Boucle sont une échappée de 109 km sur la 15e étape, et une 11e place sur le chrono final. Depuis, on ne l’a presque plus vu en course.
Auparavant pourtant, le jeune grimpeur de 21 ans s’était montré à son aise puisqu’il totalise cette année cinq victoires dont une sur le Trofeo Laigueglia, une course classée UCI Pro Series. Il l’avait alors emporté, devançant des noms tels qu’Andrea Vendrame et surtout Juan Ayuso. Hormis cette course, on l’a vu triompher sur la Classic Var, très tôt dans la saison, la Classic Grand Besançon Doubs, puis le Tour du Doubs deux jours après, et la Mercan’Tour Classic Alpes-Maritimes. En outre, on l’a vu à son avantage sur les Strade Bianche (8e) ainsi que sur le O Gran Camiño – The Historical Route (2.1) et le Tour de Catalogne (WT) respectivement 2e et 7e du général et vainqueur sur les deux courses du classement du meilleur jeune.

Mais aussi…
Dans l’ombre des grands cyclistes français, ils ont pourtant fait une belle saison. On évoquait l’an dernier Clément Berthet, Jordan Jegat et Ewen Costiou. Seul le troisième a levé les bras cette année (sur la 2e étape du Région Pays de la Loire Tour) mais tous sont passés proche à un moment ou à un autre. Costiou totalise ainsi un podium sur le général de cette épreuve et a découvert les courses de trois semaines en disputant le Giro. Clément Berthet a confirmé ses talents dès que la route s’élève : 2e sur le Tour du Doubs et de la Mercan’Tour Classic Alpes-Maritimes derrière Lenny Martinez à chaque fois, le Français de 27 ans a été un grand artisan de la 2e place finale de Ben O’Connor sur la Vuelta.
Jordan Jegat est sans doute la plus belle révélation parmi les trois puisqu’il était sûrement le plus méconnu en début de saison. S’il n’a pas gagné, il a cumulé six podiums au cours de sa première saison sous les couleurs de l’équipe TotalEnergies avec laquelle il est lié jusqu’en 2026. Arrivé à l’intersaison en provenance de l’équipe CIC U Nantes Atlantique dans une équipe réputée offensive, il sera sans doute l’un des coureurs protégés en 2025 et visera un premier bouquet en pro.
La confirmation a été difficile
Paul Penhoët
Deux victoires en 2022, autant en 2023, aucune en 2024. Tel est le bilan de Paul Penhoët. Pourtant, le sprinteur de la Groupama-FDJ est passé proche à de très nombreuses reprises. Le Français totalise ainsi 12 top 5 dont 7 podiums et cinq deuxièmes places cette année. Une difficulté à concrétiser qui affiche les limites actuelles d’un cycliste peu épargné par les blessures ces derniers mois (zéro podium en WT cette année). Blessé au genou tout le début de saison, il avait fait sa rentrée sur le Circuit de Wallonie en mai avant une blessure au poignet subie sur le Tour de Slovénie en juin, lui imposant une nouvelle indisponibilité d’un mois. Tout l’enjeu de la saison 2025 sera pour lui de retrouver le chemin de la victoire et engranger de la confiance pour espérer se faire une place sur les sprints du World Tour.
Sandy Dujardin
On avait laissé un Sandy Dujardin héroïque sur le Championnat d’Europe 2023. Le natif de Mont-Saint-Aignan avait fait preuve de capacités de résistance impressionnantes, jouant un rôle clé dans le sacre de Christophe Laporte. Malgré une deuxième place sur la Route Adélie de Vitré, Sandy Dujardin n’a pas goûté à la victoire et devra attendre avant de décrocher un deuxième succès chez les pros après une étape sur le Tour du Rwanda en 2022.
Malgré tout, il est difficile de parler de déception puisque même s’il n’a pas obtenu de victoire référence, il a à nouveau fait valoir sa résistance et sa récupération puisqu’il totalise jusqu’à présent 11 334 km cette année, soit 2 500 de plus que l’an dernier et 67 jours de course (17 de plus qu’en 2023 – loin toutefois des 92 de Patrick Gamper) tout en ayant terminé ses courses à 65 reprises.
Alexy Faure-Prost
Promu dans l’équipe Intermarché-Wanty après avoir fait ses gammes la saison dernière avec Circus – ReUz – Technord, l’équipe de développement, Alexy Faure-Prost a découvert le World Tour pour sa première saison pleine avec l’équipe pro. Malgré une dixième place au classement général du Tour d’Oman (UCI Pro Series) en début de saison, le jeune Français de 20 ans a connu une année de rodage en se mettant avant tout au service de son équipe. Aussi, le Tricolore a été dans le dur physiquement une bonne partie de la saison, en raison d’un taux de testostérone beaucoup trop bas. Alors qu’il disputera le Tour de Guangxi, dernière course WT du calendrier, il ne totalise pour l’instant pas le moindre top 10 sur une étape ou course d’un jour. L’année 2025 doit lui permettre de se montrer davantage afin de pérenniser sa place dans le peloton World Tour.



